Programmation *Curses* avec Python
**********************************

Auteur:
   A.M. Kuchling, Eric S. Raymond

Version:
   2.04


Résumé
^^^^^^

Ce document décrit comment utiliser le module d'extension "curses"
pour contrôler l'affichage en mode texte.


Qu'est-ce que *curses* ?
========================

La bibliothèque *curses* fournit une capacité de dessin à l'écran et
de gestion du clavier indépendante du terminal pour les terminaux
textuels ; ces terminaux comprennent les *VT100*, la console Linux et
le terminal simulé fourni par divers programmes. Les terminaux
d'affichage prennent en charge divers codes de commande pour effectuer
des opérations courantes telles que déplacer le curseur, faire défiler
l'écran et effacer des zones. Différents terminaux utilisent des codes
très différents et ont souvent leurs propres bizarreries mineures.

Dans un monde d'affichages graphiques, on pourrait se demander «
pourquoi s'embêter ? ». Il est vrai que les terminaux d'affichage
caractère par caractère sont une technologie obsolète, mais il existe
des niches pour lesquelles la possibilité de faire des choses
fantaisistes est encore précieuse. En exemple de niche, on peut citer
les systèmes de type Unix de petite taille ou embarqués qui
n'utilisent pas de serveur X. Il y a aussi les outils tels que les
installateurs d'OS et les outils de configuration du noyau qui doivent
être exécutés avant qu'un support graphique ne soit disponible.

La bibliothèque *curses* propose des fonctionnalités assez basiques,
fournissant au programmeur une abstraction d'affichage contenant
plusieurs fenêtres de texte qui ne se chevauchent pas. Le contenu
d'une fenêtre peut être modifié de différentes manières — en ajoutant
du texte, en l'effaçant ou en changeant son apparence — et la
bibliothèque *curses* trouve quels codes de contrôle doivent être
envoyés au terminal pour produire le bon résultat. *curses* ne fournit
pas beaucoup de concepts d'interface utilisateur tels que boutons,
cases à cocher ou dialogues ; si vous avez besoin de telles
fonctionnalités, pensez à une bibliothèque d'interface utilisateur
comme Urwid.

La bibliothèque *curses* a été écrite à l'origine pour BSD Unix ; les
dernières versions *System V* d'Unix d'AT&T ont ajouté de nombreuses
améliorations et de nouvelles fonctions. BSD *curses* n'est plus
maintenu, ayant été remplacé par *ncurses*, qui est une implémentation
open-source de l'interface AT&T. Si vous utilisez un Unix open-source
comme Linux ou FreeBSD, votre système utilise presque certainement
*ncurses*. Comme la plupart des versions commerciales actuelles d'Unix
sont basées sur le code *System V*, toutes les fonctions décrites ici
seront probablement disponibles. Les anciennes versions de *curses*
portées par certains Unix propriétaires pourraient ne pas gérer toutes
les fonctions.

La version Windows de Python n'inclut pas le module "curses". Une
version portée appelée UniCurses est disponible.


Le module *curses* de Python
----------------------------

Le module Python est une surcouche assez simple enrobant les fonctions
C fournies par *curses* ; si vous êtes déjà familier avec la
programmation *curses* en C, il est très facile de transférer cette
connaissance à Python. La plus grande différence est que l'interface
Python simplifie les choses en fusionnant différentes fonctions C
telles que "addstr()", "mvaddstr()" et "mvwaddstr()" en une seule
méthode "addstr()". Nous voyons cela plus en détail ci-après.

Ce guide pratique est une introduction à l'écriture de programmes en
mode texte avec *curses* et Python. Il n'essaie pas d'être un guide
complet de l'API *curses* ; pour cela, consultez la section du guide
de la bibliothèque Python sur *ncurses* et les pages du manuel C pour
*ncurses*. Il vous donne cependant les idées de base.


Lancement et arrêt une application *curses*
===========================================

Avant de faire quoi que ce soit, *curses* doit être initialisé.
Appelez pour cela la fonction "initscr()", elle détermine le type de
terminal, envoie tous les codes de configuration requis au terminal et
crée diverses structures de données internes. En cas de succès,
"initscr()" renvoie un objet fenêtre représentant l'écran entier ; il
est généralement appelé "stdscr" d'après le nom de la variable C
correspondante.

   import curses
   stdscr = curses.initscr()

Habituellement, les applications *curses* désactivent l'écho
automatique des touches à l'écran, afin de pouvoir lire les touches et
ne les afficher que dans certaines circonstances. Cela nécessite
d'appeler la fonction "noecho()".

   curses.noecho()

Également, les applications réagissent généralement instantanément aux
touches sans qu'il soit nécessaire d'appuyer sur la touche Entrée ;
c'est ce qu'on appelle le mode *cbreak*, par opposition au mode
d'entrée habituel avec un tampon.

   curses.cbreak()

Les terminaux renvoient généralement les touches spéciales, telles que
les touches de curseur ou les touches de navigation (Page précédente
et Accueil par exemple), comme une séquence d'échappement sur
plusieurs octets. Bien que vous puissiez écrire votre application pour
vous attendre à de telles séquences et les traiter en conséquence,
*curses* peut le faire pour vous, renvoyant une valeur spéciale telle
que "curses.KEY_LEFT". Pour que *curses* fasse le travail, vous devez
activer le mode *keypad*.

   stdscr.keypad(True)

Arrêter une application *curses* est beaucoup plus facile que d'en
démarrer une. Appelez :

   curses.nocbreak()
   stdscr.keypad(False)
   curses.echo()

pour inverser les réglages du terminal mis en place pour *curses*.
Ensuite, appelez la fonction "enddwin()" pour restaurer le terminal
dans son mode de fonctionnement original.

   curses.endwin()

Un problème courant lors du débogage d'une application *curses* est de
se retrouver avec un terminal sans queue ni tête lorsque l'application
meurt sans restaurer le terminal à son état précédent. Avec Python,
cela arrive souvent lorsque votre code est bogué et lève une exception
non interceptée. Les touches ne sont plus répétées à l'écran lorsque
vous les tapez, par exemple, ce qui rend l'utilisation de l'interface
de commande du *shell* difficile.

En Python, vous pouvez éviter ces complications et faciliter le
débogage en important la fonction "curses.wrapper()" et en l'utilisant
comme suit :

   from curses import wrapper

   def main(stdscr):
       # Clear screen
       stdscr.clear()

       # This raises ZeroDivisionError when i == 10.
       for i in range(0, 11):
           v = i-10
           stdscr.addstr(i, 0, '10 divided by {} is {}'.format(v, 10/v))

       stdscr.refresh()
       stdscr.getkey()

   wrapper(main)

La fonction "wrapper()" prend un objet appelable et fait les
initialisations décrites ci-dessus, initialisant également les
couleurs si la gestion des couleurs est possible. "wrapper()" lance
l'appelable fourni. Une fois que l'appelable termine, "wrapper()"
restaure l'état d'origine du terminal. L'appelable est appelé à
l'intérieur d'un "try"..."except" qui capture les exceptions, restaure
l'état du terminal, puis relève l'exception. Par conséquent, votre
terminal ne reste pas dans un drôle d'état au moment de l'exception et
vous pourrez lire le message de l'exception et la trace de la pile
d'appels.


Fenêtres et tampons (*pads* en anglais)
=======================================

Les fenêtres sont l'abstraction de base de *curses*. Un objet fenêtre
représente une zone rectangulaire de l'écran qui gère des méthodes
pour afficher du texte, l'effacer, permettre à l'utilisateur de saisir
des chaînes, etc.

L'objet "stdscr" renvoyé par la fonction "initscr()" est un objet
fenêtre qui couvre l'écran entier. De nombreux programmes peuvent
n'avoir besoin que de cette fenêtre unique, mais vous pouvez diviser
l'écran en fenêtres plus petites, afin de les redessiner ou de les
effacer séparément. La fonction "newwin()" crée une nouvelle fenêtre
d'une taille donnée, renvoyant le nouvel objet fenêtre.

   begin_x = 20; begin_y = 7
   height = 5; width = 40
   win = curses.newwin(height, width, begin_y, begin_x)

Notez que le système de coordonnées utilisé dans *curses* est
inhabituel. Les coordonnées sont toujours passées dans l'ordre *y,x*
et le coin supérieur gauche d'une fenêtre a pour coordonnées (0,0).
Ceci rompt la convention normale des coordonnées où la coordonnée *x*
vient en premier. C'est une différence malheureuse par rapport à la
plupart des autres applications informatiques, mais elle fait partie
de *curses* depuis qu'il a été écrit et il est trop tard pour changer
les choses maintenant.

Votre application peut déterminer la taille de l'écran en utilisant
les variables "curses.LINES" et "curses.COLS" pour obtenir les tailles
*y* et *x*. Les coordonnées licites s'étendent alors de "(0,0)" à
"(curses.LINES - 1, curses.COLS - 1)".

Quand vous appelez une méthode pour afficher ou effacer du texte,
l'affichage ne le reflète pas immédiatement. Vous devez appeler la
méthode "refresh()" des objets fenêtre pour mettre à jour l'écran.

C'est parce que *curses* a été écrit du temps des terminaux avec une
connexion à 300 bauds seulement ; avec ces terminaux, il était
important de minimiser le temps passé à redessiner l'écran. *curses*
calcule donc les modifications à apporter à l'écran pour les afficher
de la manière la plus efficace au moment où la méthode "refresh()" est
appelée. Par exemple, si votre programme affiche du texte dans une
fenêtre puis efface cette fenêtre, il n'est pas nécessaire de
l'afficher puisqu'il ne sera jamais visible.

Pratiquement, le fait de devoir indiquer explicitement à *curses* de
redessiner une fenêtre ne rend pas la programmation plus compliquée.
La plupart des programmes effectuent une rafale de traitements puis
attendent qu'une touche soit pressée ou toute autre action de la part
de l'utilisateur. Tout ce que vous avez à faire consiste à vous
assurer que l'écran a bien été redessiné avant d'attendre une entrée
utilisateur, en appelant d'abord "stdscr.refresh()" ou la méthode
"refresh()" de la fenêtre adéquate.

Un tampon (*pad* en anglais) est une forme spéciale de fenêtre ; il
peut être plus grand que l'écran effectif et il est possible de
n'afficher qu'une partie du tampon à la fois. La création d'un tampon
nécessite de fournir sa hauteur et sa largeur, tandis que pour le
rafraîchissement du tampon, vous devez fournir les coordonnées de la
zone de l'écran où une partie du tampon sera affichée.

   pad = curses.newpad(100, 100)
   # These loops fill the pad with letters; addch() is
   # explained in the next section
   for y in range(0, 99):
       for x in range(0, 99):
           pad.addch(y,x, ord('a') + (x*x+y*y) % 26)

   # Displays a section of the pad in the middle of the screen.
   # (0,0) : coordinate of upper-left corner of pad area to display.
   # (5,5) : coordinate of upper-left corner of window area to be filled
   #         with pad content.
   # (20, 75) : coordinate of lower-right corner of window area to be
   #          : filled with pad content.
   pad.refresh( 0,0, 5,5, 20,75)

L'appel à "refresh()" affiche une partie du tampon dans le rectangle
formé par les coins de coordonnées (5,5) et (20,75) de l'écran ; le
coin supérieur gauche de la partie affichée a pour coordonnées (0,0)
dans le tampon. À part cette différence, les tampons sont exactement
comme les fenêtres ordinaires et gèrent les mêmes méthodes.

Si vous avez plusieurs fenêtres et tampons sur l'écran, il existe un
moyen plus efficace pour rafraîchir l'écran et éviter des
scintillements agaçants à chaque mise à jour. "refresh()" effectue en
fait deux choses :

1. elle appelle la méthode "noutrefresh()" de chaque fenêtre pour
   mettre à jour les données sous-jacentes qui permettent d'obtenir
   l'affichage voulu ;

2. elle appelle la fonction "doupdate()" pour modifier l'écran
   physique afin de correspondre à l'état défini par les données sous-
   jacentes.

Vous pouvez ainsi appeler "noutrefresh()" sur les fenêtres dont vous
voulez mettre à jour des données, puis "doupdate()" pour mettre à jour
l'écran.


Affichage de texte
==================

D'un point de vue de programmeur C, *curses* peut parfois ressembler à
un enchevêtrement de fonctions, chacune ayant sa subtilité. Par
exemple, "addstr()" affiche une chaîne à la position actuelle du
curseur de la fenêtre "stdscr", alors que "mvaddstr()" se déplace
d'abord jusqu'aux coordonnées (y,x) avant d'afficher la chaîne.
"waddstr()" est comme "addstr()", mais permet de spécifier la fenêtre
au lieu d'utiliser "stdscr" par défaut. "mvwaddstr()" permet de
spécifier à la fois les coordonnées et la fenêtre.

Heureusement, l'interface Python masque tous ces détails. "stdscr" est
un objet fenêtre comme les autres et les méthodes telles que
"addstr()" acceptent leurs arguments sous de multiples formes,
habituellement quatre.

+-----------------------------------+-------------------------------------------------+
| Forme                             | Description                                     |
|===================================|=================================================|
| *str* ou *ch*                     | Affiche la chaîne *str* ou le caractère *ch* à  |
|                                   | la position actuelle                            |
+-----------------------------------+-------------------------------------------------+
| *str* ou *ch*, *attr*             | Affiche la chaîne *str* ou le caractère *ch*,   |
|                                   | en utilisant l'attribut *attr* à la position    |
|                                   | actuelle                                        |
+-----------------------------------+-------------------------------------------------+
| *y*, *x*, *str* ou *ch*           | Se déplace à la position *y,x* dans la fenêtre  |
|                                   | et affiche la chaîne *str* ou le caractère *ch* |
+-----------------------------------+-------------------------------------------------+
| *y*, *x*, *str* ou *ch*, *attr*   | Se déplace à la position *y,x* dans la fenêtre  |
|                                   | et affiche la chaîne *str* ou le caractère *ch* |
|                                   | en utilisant l'attribut *attr*                  |
+-----------------------------------+-------------------------------------------------+

Les attributs permettent de mettre en valeur du texte : gras,
souligné, mode vidéo inversé ou en couleur. Nous les voyons plus en
détail dans la section suivante.

La méthode "addstr()" prend en argument une chaîne ou une suite
d'octets Python. Le contenu des chaînes d'octets est envoyé vers le
terminal tel quel. Les chaînes sont encodées en octets en utilisant la
valeur de l'attribut "encoding" de la fenêtre ; c'est par défaut
l'encodage du système tel que renvoyé par
"locale.getpreferredencoding()".

Les méthodes "addch()" prennent un caractère, soit sous la forme d'une
chaîne de longueur 1, d'une chaîne d'octets de longueur 1 ou d'un
entier.

Des constantes sont disponibles pour étendre les caractères ; ces
constantes sont des entiers supérieurs à 255. Par exemple,
"ACS_PLMINUS" correspond au symbole +/- et "ACS_ULCORNER" correspond
au coin en haut et à gauche d'une boîte (utile pour dessiner des
encadrements). Vous pouvez aussi utiliser les caractères Unicode
adéquats.

Windows se souvient de l'endroit où le curseur était positionné lors
de la dernière opération, de manière à ce que si vous n'utilisez pas
les coordonnées *y,x*, l'affichage se produit au dernier endroit
utilisé. Vous pouvez aussi déplacer le curseur avec la méthode
"move(y,x)". Comme certains terminaux affichent un curseur clignotant,
vous pouvez ainsi vous assurer que celui-ci est positionné à un
endroit où il ne distrait pas l'utilisateur (il peut être déroutant
d'avoir un curseur qui clignote à des endroits apparemment
aléatoires).

Si votre application n'a pas besoin d'un curseur clignotant, vous
pouvez appeler "curs_set(False)" pour le rendre invisible. Par souci
de compatibilité avec les anciennes versions de *curses*, il existe la
fonction "leaveok(bool)" qui est un synonyme de "curs_set()". Quand
*bool* vaut "True", la bibliothèque *curses* essaie de supprimer le
curseur clignotant et vous n'avez plus besoin de vous soucier de le
laisser trainer à des endroits bizarres.


Attributs et couleurs
---------------------

Les caractères peuvent être affichés de différentes façons. Les lignes
de statut des applications en mode texte sont généralement affichées
en mode vidéo inversé ; vous pouvez avoir besoin de mettre en valeur
certains mots. À ces fins, *curses* vous permet de spécifier un
attribut pour chaque caractère à l'écran.

Un attribut est un entier dont chaque bit représente un attribut
différent. Vous pouvez essayer d'afficher du texte avec plusieurs
attributs définis simultanément mais *curses* ne garantit pas que
toutes les combinaisons soient prises en compte ou que le résultat
soit visuellement différent. Cela dépend de la capacité de chaque
terminal utilisé, il est donc plus sage de se cantonner aux attributs
les plus communément utilisés, dont la liste est fournie ci-dessous.

+------------------------+----------------------------------------+
| Attribut               | Description                            |
|========================|========================================|
| "A_BLINK"              | Texte clignotant                       |
+------------------------+----------------------------------------+
| "A_BOLD"               | Texte en surbrillance ou en gras       |
+------------------------+----------------------------------------+
| "A_DIM"                | Texte en demi-ton                      |
+------------------------+----------------------------------------+
| "A_REVERSE"            | Texte en mode vidéo inversé            |
+------------------------+----------------------------------------+
| "A_STANDOUT"           | Le meilleur mode de mis en valeur pour |
|                        | le texte                               |
+------------------------+----------------------------------------+
| "A_UNDERLINE"          | Texte souligné                         |
+------------------------+----------------------------------------+

Ainsi, pour mettre la ligne de statut située en haut de l'écran en
mode vidéo inversé, vous pouvez coder :

   stdscr.addstr(0, 0, "Current mode: Typing mode",
                 curses.A_REVERSE)
   stdscr.refresh()

La bibliothèque *curses* gère également les couleurs pour les
terminaux compatibles. Le plus répandu de ces terminaux est sûrement
la console Linux, suivie par *xterm* en couleurs.

Pour utiliser les couleurs, vous devez d'abord appeler la fonction
"start_color()" juste après avoir appelé "initscr()" afin
d'initialiser (la fonction "curses.wrapper()" le fait
automatiquement). Ensuite, la fonction "has_colors()" renvoie "True"
si le terminal utilisé gère les couleurs (note : *curses* utilise
l'orthographe américaine *color* et non pas l'orthographe britannique
ou canadienne *colour* ; si vous êtes habitué à l'orthographe
britannique, vous devrez vous résigner à mal l'orthographier tant que
vous utilisez *curses*).

La bibliothèque *curses* maintient un nombre restreint de paires de
couleurs, constituées d'une couleur de texte (*foreground*) et de fond
(*background*). Vous pouvez obtenir la valeur des attributs
correspondant à une paire de couleur avec la fonction "color_pair()" ;
cette valeur peut être combinée bit par bit (avec la fonction *OR*)
avec les autres attributs tels que "A_REVERSE",mais là encore, de
telles combinaisons risquent de ne pas fonctionner sur tous les
terminaux.

Un exemple d'affichage d'une ligne de texte en utilisant la paire de
couleur 1 :

   stdscr.addstr("Pretty text", curses.color_pair(1))
   stdscr.refresh()

Comme indiqué auparavant, une paire de couleurs est constituée d'une
couleur de texte et d'une couleur de fond. La fonction "init_pair(n,
f, b)" change la définition de la paire de couleurs *n*, en
définissant la couleur de texte à *f* et la couleur de fond à *b*. La
paire de couleurs 0 est codée en dur à blanc sur noir et ne peut être
modifiée.

Les couleurs sont numérotées et "start_color()" initialise 8 couleurs
basiques lors de l'activation du mode en couleurs. Ce sont : 0 pour
noir (*black*), 1 pour rouge (*red*), 2 pour vert (*green*), 3 pour
jaune (*yellow*), 4 pour bleu *(blue*), 5 pour magenta, 6 pour cyan et
7 pour blanc (*white*). Le module "curses" définit des constantes
nommées pour chacune de ces couleurs : "curses.COLOR_BLACK",
"curses.COLOR_RED" et ainsi de suite.

Testons tout ça. Pour changer la couleur 1 à rouge sur fond blanc,
appelez :

   curses.init_pair(1, curses.COLOR_RED, curses.COLOR_WHITE)

Quand vous modifiez une paire de couleurs, tout le texte déjà affiché
qui utilise cette paire de couleur voit les nouvelles couleurs
s'appliquer à lui. Vous pouvez aussi afficher du nouveau texte dans
cette couleur avec :

   stdscr.addstr(0,0, "RED ALERT!", curses.color_pair(1))

Les terminaux « de luxe » peuvent définir les couleurs avec des
valeurs *RGB*. Cela vous permet de modifier la couleur 1,
habituellement rouge, en violet ou bleu voire toute autre couleur
selon votre goût. Malheureusement, la console Linux ne gère pas cette
fonctionnalité, je suis donc bien incapable de la tester et de vous en
fournir un exemple. Vous pouvez vérifier si votre terminal la prend en
charge en appelant "can_change_color()", qui renvoie "True" en cas de
succès. Si vous avez la chance d'avoir un terminal aussi perfectionné,
consultez les pages du manuel de votre système pour obtenir plus
d'informations.


Entrées de l'utilisateur
========================

La bibliothèque C *curses* ne propose que quelques mécanismes très
simples pour les entrées. Le module "curses" y ajoute un *widget*
basique d'entrée de texte (d'autres bibliothèques telles que Urwid ont
un ensemble de *widgets* plus conséquent).

Il y a deux méthodes pour obtenir des entrées dans une fenêtre :

* "getch()" rafraîchit l'écran et attend que l'utilisateur appuie sur
  une touche, affichant cette touche si "echo()" a été appelé
  auparavant. Vous pouvez en option spécifier des coordonnées où
  positionner le curseur avant la mise en pause ;

* "getkey()" effectue la même chose mais convertit l'entier en chaîne.
  Les caractères individuels sont renvoyés en chaînes de longueur 1
  alors que les touches spéciales (telles que les touches de fonction)
  renvoient des chaînes plus longues contenant le nom de la touche
  (tel que "KEY_UP" ou "^G").

Il est possible de ne pas attendre l'utilisateur en utilisant la
méthode de fenêtre "nodelay()". Après "nodelay(True)", les méthodes de
fenêtre "getch()" et "getkey()" deviennent non bloquantes. Pour
indiquer qu'aucune entrée n'a eu lieu, "getch()" renvoie "curses.ERR"
(ayant pour valeur −1) et "getkey()" lève une exception. Il existe
aussi la fonction "halfdelay()", qui peut être utilisée pour définir
un délai maximal pour chaque "getch()" ; si aucune entrée n'est
disponible dans le délai spécifié (mesuré en dixièmes de seconde),
*curses* lève une exception.

La méthode "getch()" renvoie un entier ; s'il est entre 0 et 255,
c'est le code ASCII de la touche pressée. Les valeurs supérieures à
255 sont des touches spéciales telles que Page Précédente, Accueil ou
les touches du curseur. Vous pouvez comparer la valeur renvoyée aux
constantes "curses.KEY_PPAGE", "curses.KEY_HOME", "curses.KEY_LEFT",
etc. La boucle principale de votre programme pourrait ressembler à
quelque chose comme :

   while True:
       c = stdscr.getch()
       if c == ord('p'):
           PrintDocument()
       elif c == ord('q'):
           break  # Exit the while loop
       elif c == curses.KEY_HOME:
           x = y = 0

Le module "curses.ascii" fournit des fonctions pour déterminer si
l'entier ou la chaîne de longueur 1 passés en arguments font partie de
la classe ASCII ; elles peuvent s'avérer utile pour écrire du code
plus lisible dans ce genre de boucles. Il fournit également des
fonctions de conversion qui prennent un entier ou une chaîne de
longueur 1 en entrée et renvoient le type correspondant au nom de la
fonction. Par exemple, "curses.ascii.ctrl()" renvoie le caractère de
contrôle correspondant à son paramètre.

Il existe aussi une méthode pour récupérer une chaîne entière,
"getstr()". Elle n'est pas beaucoup utilisée car son utilité est
limitée : les seules touches d'édition disponibles sont le retour
arrière et la touche Entrée, qui termine la chaîne. Elle peut, en
option, être limitée à un nombre fixé de caractères.

   curses.echo()            # Enable echoing of characters

   # Get a 15-character string, with the cursor on the top line
   s = stdscr.getstr(0,0, 15)

Le module "curses.textpad" fournit un type de boîte texte qui gère des
touches de fonctions à la façon d'*Emacs*. Plusieurs méthodes de la
classe "Textbox" gèrent l'édition avec la validation des entrées et le
regroupement de l'entrée avec ou sans les espaces de début et de fin.
Par exemple :

   import curses
   from curses.textpad import Textbox, rectangle

   def main(stdscr):
       stdscr.addstr(0, 0, "Enter IM message: (hit Ctrl-G to send)")

       editwin = curses.newwin(5,30, 2,1)
       rectangle(stdscr, 1,0, 1+5+1, 1+30+1)
       stdscr.refresh()

       box = Textbox(editwin)

       # Let the user edit until Ctrl-G is struck.
       box.edit()

       # Get resulting contents
       message = box.gather()

Consultez la documentation de la bibliothèque pour plus de détails sur
"curses.textpad".


Pour aller plus loin
====================

Ce guide pratique ne couvre pas certains sujets avancés, tels que la
lecture du contenu de l'écran ou la capture des événements relatifs à
la souris dans une instance *xterm*, mais la page de la bibliothèque
Python du module "curses" est maintenant suffisamment complète. Nous
vous encourageons à la parcourir.

Si vous vous posez des questions sur le fonctionnement précis de
fonctions *curses*, consultez les pages de manuel de l'implémentation
*curses* de votre système, que ce soit *ncurses* ou une version
propriétaire Unix. Les pages de manuel documentent toutes les
bizarreries et vous donneront les listes complètes des fonctions,
attributs et codes "ACS_*" des caractères disponibles.

Étant donné que l'API *curses* est si volumineuse, certaines fonctions
ne sont pas prises en charge dans l'interface Python. Souvent, ce
n'est pas parce qu'elles sont difficiles à implémenter, mais parce que
personne n'en a eu encore besoin. De plus, Python ne prend pas encore
en charge la bibliothèque de gestion des menus associée à *ncurses*.
Les correctifs ajoutant cette prise en charge seraient bienvenus ;
reportez-vous au guide du développeur Python pour apprendre comment
soumettre des améliorations à Python.

* Writing Programs with NCURSES: a lengthy tutorial for C programmers.

* La page de manuel ncurses

* The ncurses FAQ

* "Use curses... don't swear" : vidéo d'une conférence lors de la
  PyCon 2013 sur la gestion des terminaux à l'aide de *curses* et
  *Urwid* (vidéo en anglais).

* "Console Applications with Urwid": video of a PyCon CA 2012 talk
  demonstrating some applications written using Urwid.
